Costa Gavras, à la pointe de la caméra
Écrit par Hannah Benayoun Mercredi, 11 Février 2009 18:53
En clôture du Festival de Berlin, le public a ovationné le nouveau film de l'éternel controversé Costa Gavras. Eden à l'Ouest, opus sur l'immigration obsessionnelle a été un véritable coup de massue durant le festival. Le réalisateur joue encore une fois avec les démons profonds des hommes, leurs buts, envers et contre tout. Un film en salles le 11 février, qui porte toute la force de Gavras.
Eden à l'Ouest est chargé de mystère. Porté par un thème qui n'a jamais autant été exploité que ces dix dernières années, l'illégale ascension vers les pays riches, le film nous paraît sans crédibilité. Elias, immigré clandestin, s'échoue sur les côtes italiennes, et tombe nez à nez avec l'Occident, dans toute son opulence, sa bourgeoisie. C'est décidé, Elias veut atteindre la France, coûte que coûte, et plus précisément Paris. Son parcours, effectué dans la plus stricte clandestinité, ne parlant pas la langue locale, sans argent, affamé, mais avec pour seul bagage son envie, celle de s'en sortir, de s'intégrer, peut-être. Sur son chemin il rencontrera la corruption, la délation, l'entraide, la camaraderie et le vol. Il s'enrichit de nouvelles rencontres, comme une Allemande pervertie mais pleine de bonnes attentions, un commissaire prêt à tout ... Eden à l'Ouest reste un road-movie chaud et endurant, qui plonge au plus vif de la course à l'émigration. Mais tout reste irréaliste, pour un sujet aussi concret. Sa route aurait certainement été mille fois plus courte. Mais Gavras, à force de talent et d'intelligence rend le voyage d'Elias parfaitement crédible et on se prend à compter les chances de celui-ci. Costa Gavras joue avec la connaissance du public sur le sujet et le modèle pour en faire un sujet romanesque et encourageant.
La nécessité de la polémique
Habitué aux sifflets, ce besoin constant de bousculer la morale collective a encore frappé, peut-être plus légèrement que la moyenne. Le Couperet avait fait mouche et avait plus que dérangé. Flanquer la vérité aux visage du public reste dans les cordes du réalisateur. Son fils, Romain, a bien suivi la marche paternelle en défiant la critique avec la réalisation du controversé clip de Justice Stress. Un cadre génétique certainement... Mais alors ? Pourquoi tant de polémiques, de débats, d'excitation autour du travail de Costa Gavras ? D'autres avant lui, Charles Chaplin, F.F Coppola, avaient besoin de rendre de l'importance à leur travail, comme une charge, un rendu de justice. Un extrait de vérité peut-être. Eden à l'Ouest sera certainement chargé de sens, porté par un acteur au charisme impressionnant ; l'acteur Riccardo Scarmacio nous rappelle un Javier Bardem, plein de force, de virilité, mais les yeux au bord du coeur. Révélation unique et solitaire du film, il laisse une trace indélébile. Costa Gavras signe un film fort, coup de poing pour finalement appeler à l'accalmie. Un long métrage qui mérite une attention entière. Comme l'aura fait son réalisateur.
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