Frissons chez les éditeurs du livre en France
Écrit par Arthur Cattaneo Mardi, 26 Mai 2009 20:50
Septembre 2008 a vu une crise économique majeure naitre et se développer dans le monde. Parti des États-Unis, cet effondrement à vite touché les autres pays de la planète. Le monde de l'édition souffre lui aussi.
« L'édition ne connait pas la crise » titre Yousseg Zerarka, journaliste à France 24. Enfin un secteur qui a été sauvegardé, enfin un secteur qui tient bon malgré tout ce que le monde traverse et qui même, fait des bénéfices ! Notre enquête aurait pu se borner à démontrer combien ce secteur est rentable... soi-disant. Mais c'est en contactant un éditeur que nous avons compris que cette phrase devait être nuancé. En effet, Gilles Cohen Solal, l'un des fondateurs des éditions Héloise d'Ormesson nous a accordé une entrevue dans laquelle il dément tout ce positivisme sur les « maisons d'éditions rentable » que l'on lit dans les différentes presses. « C'est faux ! » nous répond-il lorsque nous lui demandons si les maisons d'éditions arrivent à sauver leur tête en cette année de crise. Et il continue: « Tous subissent la crise. Nous on est une édition microscopique mais les éditeurs indépendants, comme les grandes édition, sont dans le même état que nous. Le monde de l'édition c'est comme la société actuelle, on a moins de public car le marché est saturé. Tous ces médias qui disent que tous va bien racontent n'importent quoi ! Par exemple, les livres que nous vendions moins bien que les autres, aujourd'hui on ne les vend plus. Et ceux qui marchent très bien, ne marchent dorénavant que bien ! Alors effectivement les salons s'en sortent mieux, comme notamment le salon du livre de Paris, mais c'est parce que les gens préfèrent choisir une édition poche qui revient moins cher qu'une édition grand format. »
Pour sauver le secteur, il n'a qu'un seule réponse: « Il faut réguler ! Cela fait 25 ans que je suis éditeur et que je travaille dans ce monde. La crise a doublement impacté notre secteur car le modèle économique est très mal fait. On a une règle chez nous qui est valable partout, c'est la règle des 80-20. 20% des écrivains que nous éditons rapportent 80% de notre budget annuel. Autrement dit, on est tous suspendus au bestsellers ». Ce que la crise amplifie, c'est le fait que des livres de moindres importances ne soient plus publiés. Alors qu'avant les éditions prenaient des risques, seuls maintenant comptent les écrivains qui rapportent. Cette crise a donc de profondes répercussions car elle développe la culture du rentable sur la culture intellectuelle et la diversité des styles d'écritures et de pensées. On observe même des éditions qui ferment leurs portes. Ces fermetures ne touchent pour l'instant que celles qui étaient déjà en difficultés mais le monde de l'édition frissonne ; et il semble que l'hiver économique le forcera à se replier sur lui-même et sur ses titres vendeurs.
Une étude qui contredit le scepticisme des éditeurs
Une étude parue juste avant le salon du livre de Paris a donné des chiffres plutôt encourageant sur le marché de l'édition. Réalisé par Control Gfk International, entité de l'institut d'étude de marketing Gfk, elle tire un bilan de l'année 2008 pour le marché du livre en France et présente les tendances de l'année 2009.Selon cet institut, les chiffres du début d'année 2009 sont très bon et laissent penser que la crise n'a eu que peu d'impacts sur les ventes de livres en France. Ainsi, Noël a largement contribué a ce que le livre reste un produit culturel plébiscité et accessible à toutes les bourses et dont le prix moyen est estimé à 11€ pour l'année 2008. En décembre 2008, le marché a vu une hausse de 4% par rapport au même mois de l'année 2007. De plus, il a cru également de 5% en janvier et de 7% en février. Ces niveaux sont donc bien supérieurs à l'année passée, ce qui démontre que le marché du livre a bien tenu face à cette crise avec un chiffre d'affaires de 4,055 Mds €, en léger recul de -1,1% en valeur et de 1,8% en volume.
Cette légère décroissance s'explique par le fait que la part de marché dit « des contenus » puisse se retrouver sur l'ensemble des ouvrages qui proposent une information pouvant être retrouvé ailleurs que dans un livre (exemples : guides pratiques, touristiques, dictionnaires, cartes routières etc). Toutefois, la vente d'ouvrages dits « de plaisir » comme les œuvres de littérature, de jeunesse, de bande dessinés, est en constante augmentations et n'est pas affectée par les nouveaux loisirs qu'occupent les français. En tant que produit culturel, le marché du livre pèse plus lourd que celui des jeux vidéos, de la musique et de la vidéo réunis. Il constitue donc une alternative majeure pour les acteurs du monde de la culture.
Le succès de la littérature en 2008 est notamment dû aux nombreuses nouveautés qui sont parues mais aussi aux bestsellers. Les ventes de fonds, autrement dit les titres sortis avant 2008 ont ainsi progressé de 24% en 2008 alors que les nouveautés subissaient une baisse de 4%. Aujourd'hui encore, les valeurs sûres représentent des titres d'avant 2008 (Exemple: Millenium de Steig Larsson chez Act Sud, Fascination de Stephenie Meyer chez Hachette).Il faut donc du temps pour résoudre la complexité à laquelle sont confrontés les librairies : savoir proposer aux clients un fonds qui peut redevenir d'actualité, savoir gérer une grande quantité de titres et de nouvelles parutions et mettre en valeur les nouveautés. Il serait erroné de penser que seul Twilight est responsable de la croissance du marché en janvier. C'est une alchimie auxquelles les éditeurs doivent s'adapter, ainsi que les libraires.
Les ventes par Internet fonctionnent également très bien. Les fonds et les nouveautés cohabitent sans problème. La part du marché en ligne dans la vente de livres s'élève à 6% avec une croissance de 30% par an, de quoi donner des sueurs froides aux libraires. Toutefois, les librairies restent un lieu d'achat privilégié en France pour les livres avec une part de marché de 48%, son poids restant stable par rapport à l'année passée. Mais comment et pourquoi les éditeurs disent-ils être en crise alors que les chiffres font état d'une relative stabilité voir d'une augmentation ? Danièle Brison, chef de service attachée aux livres, lecture et archives du ministère de la Culture, nous dit ne pas comprendre et ne pas avoir de retour sur ce fossé entre les éditeurs et les chiffres positifs de cette année. Ainsi nous renvoie-t-elle à patienter pour obtenir des chiffres officiels du ministère : mais ils seront publiés en fin d'année 2009 seulement.
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