La presse française en plein doute
Écrit par David Mene Mercredi, 03 Décembre 2008 22:39
Alors que Jean Miot fait le constat d’une presse française en pleine crise dans son dernier ouvrage La passion de la presse, Nicolas Sarkozy prépare déjà les prochaines assises de la presse. Un rendez-vous qui va permettre à toute une profession de se réunir pour tenter de pallier au plus urgent.
La presse quotidienne écrite perd 2% de ses lecteurs par an. C’est le constat dramatique que fait l’OJD (l’association pour le contrôle des médias). Le nombre de lecteurs perdus depuis 2003 correspondrait à la disparition instantanée des lecteurs de quatre quotidiens. Une crise de la presse? Tout le monde est d’accord mais les solutions restent encore à trouver. La France est le premier producteur mondial de magazines, mais elle se traîne au 29e rang pour la lecture des quotidiens. Une étude menée par le CNDI (Centre National pour le Développement de l’Information), entre 2005 et 2007 sur environ 30.000 personnes, révèle certaines des raisons de ce désamour engagé entre la presse écrite et son lectorat.
Premier constat : la concurrence d’Internet et des quotidiens gratuits n’est pas la seule explication. L’étude démontre en effet que les catégories sociales utilisant régulièrement Internet ont tendance à être ceux qui lisent la presse quotidienne, et non pas ceux qui la boudent. Même si la presse quotidienne régionale a certes plus de peine à toucher les personnes connectées au web. Quant à la presse gratuite, elle peut détourner des lecteurs « fragiles », mais elle donne aussi à de nouveaux lecteurs l’envie de lire et d’approfondir leur connaissance de l’actualité.
Une offre mal adaptée au lecteur
Jean Miot explique dans son ouvrage que les journalistes ont leur part de responsabilité : « beaucoup d'entre eux se préoccupent peu de leurs lecteurs. » Toujours selon l’enquête du CNDI présentée lors du XVIème congrès de la presse à Lyon, l’intérêt des lecteurs pour la politique s’effrite considérablement avec les années. Alors qu’un thème comme les sciences et technologies, bénéficiant d’un intérêt élevé chez les jeunes, souffre d’une couverture médiatique insuffisante. Ces mêmes répondants se disent « surinformés » au niveau des sports. Trouver un juste milieu sur l’offre proposée : un début de solution ? Cette étude, présentée par Bertrand Labasse, directeur scientifique du CNDI, révèle aussi que les coûts élevés des structures de production et de distribution ont une influence négative sur la presse. Le passage au numérique est une autre de ces causes.
Mais l’adaptation de l’offre éditoriale semble être la clé de l’avenir. Certains quotidiens régionaux et nationaux continuent de gagner des lecteurs ou en perdent très peu, alors que d’autres subissent une chute vertigineuse de leur diffusion.
L’image individuelle et collective des journaux semble se détériorer, et particulièrement chez les non-lecteurs. 55% d’entre eux en ont une opinion négative. Séduire un nouveau public tout en conservant ses lecteurs fidèles. Facile à dire. Cela passe sans doute par l’acculturation des jeunes qui ont un désir de s’informer dès qu’ils deviennent autonomes. La lisibilité est elle aussi au cœur du débat. Toujours selon l’étude du CNDI, il y a une crise de l’attention ; une abondance d’informations produit de la pénurie d’attention. Le plus difficile semble d’écrire pour son non-lecteur. C'est-à-dire intéresser des lecteurs qui ne le sont pas au préalable.
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