François Busnel: "Vous instruire en vous divertissant !"
Écrit par Bixente Barnetche Dimanche, 01 Mars 2009 23:00
Enthousiaste, simple, gourmand : voilà le rapport avec la littérature que montre François Busnel, rédacteur en chef de lire, dans la grande libraire qu'il anime sur France 5 depuis la rentrée.
C’est flatteur mais ce n’est pas très sérieux. Pivot est indépassable car il avait cette immédiateté aux livres que je n’ai pas. C’est un de mes modèles avec Jacques Chancel, PPDA et Philippe Labro. Je n’arrive qu’à sa cheville et je suis déjà très content ! La télévision est le reflet d’une époque : Bernard Pivot était le refl et des années 80/90. Nous sommes déjà dans les années 2010, il ne faudra donc pas refaire du Chancel, du PPDA ou du Labro.
D’où un générique très jeune avec Razorlight comme bande son ?
Et encore, vous avez échappé à Deep Purple ! C’est pop ! Mais le pop’art a complètement modifié le rapport entre la culture et sa diffusion. Or, il faut arrêter de se raconter des histoires, on fait de la culture pour qu’elle soit diffusée. On fait ce métier de journaliste pour faire en sorte que des gens qui ne savent pas, sachent. C’est tout. Sinon il faut que l’on fasse autre chose, être artiste. Mais nous ne le sommes pas.
La Grande Librairie reçoit des critiques positives et récolte des bonnes audiences, avez-vous une recette ?
Ca serait très romantique si je pouvais vous dire que cela est très calculé mais ce n’est pas le cas ! Il n’y a pas de recette, juste des ingrédients : une programmation éclectique, n’avoir aucune oeillère... Je suis très content de voir qu’il y a un succès public : ce qui était important, c’était de faire une émission littéraire qui puisse prouver qu’il y a des gens prêts à suivre la télévision, non pas pour se vider la tête mais pour se la remplir.
Télérama, au sujet de la politique de Patrick de Carolis et de votre émission, parlait de rendre à Gallimard le temps de cerveau disponible, en clin d’oeil à la phrase de Patrick Le Lay…
Il me semble que la question que se posent aujourd’hui Patrick de Carolis et Patrice Duhamel est de savoir si la télévision a pour vocation de vider la tête des gens, avec des programmes de divertissement ou si elle a une mission qui consiste à la remplir. Le but du jeu est que la télévision soit capable de faire le grand écart entre les deux. Un peu comme les grands écrivains populaires de qualité, capables de nous divertir tout en nous instruisant. C’est ça La Grande Librairie : vous instruire en vous divertissant !
Comment vous y prenez-vous ?
C’est un métier dans lequel il faut apprendre à être très humble, en retrait. Il faut se mettre à la place du lecteur, non de l’animateur, et intéresser à partir d’un questionnement simple.
Il faut donc éviter de tomber dans l’élitisme…
Oui, je m’en méfie… L’élitisme commence là où il y a un jargon employé que l’on ne comprend pas, se poursuit quand les gens sont entre eux. Il y avait une belle phrase de Diderot au XVIIIème siècle qui disait « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire ». Il faut se hâter de rendre la culture populaire à la télévision !
L’émission de culture populaire de Christophe Hondelatte ne fut pas un succès d’audience…
Elle était pourtant très bien. Il est très difficile de faire une émission culturelle aujourd’hui à 19h. C'était formidablement culotté de sa part et je trouve qu’il y a eu un acharnement sur lui qui n’est pas acceptable. On ne se permettrait pas cela sur d’autres... On dit qu'il s’est planté mais il faisait un million ! De quoi parle-t-on ? C’est déjà très bien qu’il y ait eu autant de monde pour suivre une émission dans laquelle on leur parlait d’autres choses que de vulgarité.
Vous-même, avez-vous une clause d’audience ?
Oui, c’est normal, nous devons trouver notre public. Je ne sais plus à combien elle est mais on la dépasse très largement. Quand on fait 500 000 téléspectateurs sur France 5, Daniel Picouly autant sur France 2 et quand Hondelatte faisait 1 million à 19h, c’est très bien ! On n’est malheureusement plus à l’époque bénie des années 80 où l’on pouvait avoir 3 fois plus de monde. Désormais, dans un univers concurrentiel, où la vulgarité prime, où les shows consistent à déshabiller des actrices et faire venir 18 personnes sur un plateau pour qu’ils puissent parler 45 secondes, je trouve bien de faire ces scores-là…

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