Vendredi Juil 30

Greg Boust : «Le Baron fut une révélation qui a ouvert une nouvelle page»

Talk - Entretiens

Le Baron fête ses 5 ans en sortant pour l’occasion une compilation éclectique, véritable genèse reflétant parfaitement l’atmosphère de ce mythique club parisien. A la direction artistique du club et de la compilation, Greg Boust, DJ haut en couleurs, personnage de La Clique, initiateur de l’identité musicale du Baron et de sa compilation, mais avant tout, un homme, passionné de musique.
Greg Boust - Photo Bao Tu Ngoc

Le DJ

J’
ai 38 ans, dont 20 de vie parisienne. Originaire de Rouen, en Normandie, je suis monté à Paris après des études peu brillantes pour faire carrière comme chanteur et j’ai intégré une école où ça s’est super bien passé. Mon truc, c’était vraiment la musique, les groupes, l’écriture. Un jour, une occasion a fait que j’ai pris les platines dans un restaurant, il y a une douzaine d’années. De fil en aiguille, je suis devenu un DJ avant tout, ce qui est ma préoccupation principale, ça m’a toujours plu, j’ai toujours été un mélomane éclectique. Un bon set, c’est un set inspiré où on ne va pas vendre son âme à mettre des morceaux trop évidents, où les gens vont s’amuser et où je vais avoir le sentiment d’avoir fait du bon boulot quand je regarde le dancefloor en voyant qu’il est plein. Quand vous faîtes danser les filles, vous avez gagné, vous faîtes danser tout le monde. Mon boulot est donc de m’occuper de la direction artistique et musicale du Baron et de chez Moune. En parallèle, j’ai aussi monté Tête d’Affiche, une agence de booking de DJ, réunissant une cinquantaine de personnalités parisiennes ayant la passion de la musique en premier lieu.

La Clique

L
ongtemps, j’ai été DJ mais c’était un peu dur avec une période qui ne me plaisait pas musicalement dans les clubs, donc j’ai toujours fait un petit boulot à côté, serveur ou barman. C’est ma première famille... Je bossais dans un endroit qui s'appelle Quai Ouest, et après, je me suis hyper impliqué dans la création du restaurant du palais de Tokyo, le Tokyo Eat. Le but fut très vite que l’on fabrique une cabine, et que je prenne cette place, ce qui s’est fait au bout d’un an. J’ai alors inventé le Human Juke Box : les gens choisissaient un plat et aussi un morceau, que je jouais. André avait son concept-store juste à côté, et Lionel était là. Ils venaient déjeuner et dîner tous les jours en parlant du projet du Baron, je commençais à aller aux Johnson et à les rencontrer même si on se connaissait déjà un peu. Un soir, grâce à la maman d’André que je remercierai toujours, ils m’ont demandé si j’étais chaud pour jouer au Baron. Ce que j’ai fait, ainsi que le lendemain, le sur-lendemain, etc. J’ai d’abord beaucoup joué avant d’en prendre la direction artistique, c’est pour ça qu’on dit que j’ai donné au Baron son identité musicale : c’est surtout une bande de potes à la base, et j’étais le seul DJ professionnel dans l’histoire. Ca faisait une semaine que c’était ouvert, des copains mettaient des iPods, c’était déjà sympa mais je suis arrivé avec un peu plus de technique, des idées et plein de morceaux. Les deux premières années, je n’ai pas quitté les platines, je faisais 4 nuits par semaine.

Le Baron

L
a première fois, lorsque j’y suis allé en tant que client, j’avais 33 ans et je rêvais d’un endroit comme ça : petit, convivial, où on ne se prend pas la tête. Le premier jour où j’y ai joué, ce fut une révélation ! Avant, ce que je jouais dans les autres boîtes faisait peur aux patrons. Et là, au Baron, lorsque j’ai passé les Rolling Stones, les gens hurlaient de joie. Autant ceux de 30 ans qui ne sortaient plus que les jeunes de 20 ans pour qui c’était une redécouverte. Ce fut comme un électrochoc, une vraie revanche sur quelques années de diktat de house music. Une page s’est ouverte avec le Baron, qui a fait beaucoup de petits... Lorsque Lionel et André l’ont repris il y a 5 ans, c’était déjà un lieu magique mais qui n’était pas dédié à la nuit et à l’entertainment. C’est devenu un endroit de vie où les gens se rencontrent et discutent.

Greg Boust - Photo Bao Tu Ngoc

La Compilation

L
e projet de compilation est né il y a longtemps mais a été avorté deux fois pour des raisons diverses et variées. Au début, c’est le Japon qui nous en avait demandé une, puisqu’on a aussi un club à Tokyo. J’ai bossé sur la sélection depuis le début, donc j’ai l’impression que ça fait 3 ans mais en fait, le projet s’est vraiment lancé il y a 6 mois. Et, comme tout ce qu’on fait, en famille et dans l’urgence, ça fait 1 mois qu’on est au taquet ! Mais on fête les 5 ans du Baron, et ce n’est pas rien... On nous a demandé très souvent si l’on voulait en faire une, mais avant Lionel et André n’avaient pas vraiment envie. L’idée est devenue plus intéressante pour cet anniversaire car il y avait quelque chose à raconter. C’est un bel objet qui symbolise tout ce qui s’est passé depuis 5 ans et dans lequel tout le monde a mis un peu de soi... C’est en même temps une genèse de ces 5 années et aussi quelque chose que je pourrais mixer ce soir : des morceaux qui représentent vraiment le Baron mais sont presque tous intemporels, certains étant d’ailleurs assez anciens. Avec ces deux disques, l’un «23h à 2h» et l’autre «2h à la fermeture», c’est vraiment ce que l’on pourrait faire au Baron.

La vie

T
rès honnêtement, quand le Baron est arrivé, je voulais arrêter le métier, passer à autre chose parce que je me faisais chier dans les soirées. Je sais d’où je viens, la chance que j’ai eu en évitant de passer à côté de tout ça. J’ai toujours été plutôt dans l’angoisse que dans les pieds qui décollent. Evidemment, le Baron est un endroit où ça scintille et où il se passe plein de choses, ça monte un peu au crâne de beaucoup de gens qui y ont travaillé... Avec mes activités multiples, j’y vais 2 à 3 fois par semaine, mais je sors très peu du fait que je joue déjà beaucoup. C’est un tort car c’est bien d’aller voir ce qui se fait ailleurs, mais quand on a une famille, on est bien dans sa famille...
Compilation du Baron, double CD 33 titres, en vente depuis le 2 novembre.
Soirée de lancement le 6 novembre au Virgin Megastore des Champs-Elysées (Paris).
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