Bob Garcia : « En interdisant des ouvrages, les ayants droits d’Hergé peuvent piller ce qu’il y a dedans »
Écrit par Morgan Bourven Jeudi, 12 Novembre 2009 20:30
Bob Garcia est tintinophile. Il est tombé dans l’œuvre d’Hergé lorsqu’il était tout petit, et est maintenant dedans jusqu’au cou. Journaliste, musicien, auteur, cet homme aux multiples facettes doit payer 40000 euros aux ayants droits de Tintin. Son crime ? Avoir publié cinq études sans leur autorisation.
Nick Rodwell, ayant-droit de Hergé, attaque aussitôt Bob Garcia pour tenter de faire interdire ces ouvrages. Ce dernier est condamné à payer 40.000 euros pour contrefaçon. « Je n’ai reçu aucune justification concrète de cette somme. Et pour cause : les ouvrages ne m’ont rien rapporté », explique l’auteur, qui dénonce les méthodes de Moulinsart. « Nick Rodwell, qui attaque les autres pour contrefaçon, fera bien de faire le ménage chez lui, car il a déjà été condamné pour détournement de texte, il y a quelques années ». Nick Rodwell avait publié, sans citer de sources, des extraits du livre de Numa Sadoul Tintin et moi, entretiens avec Hergé.
Aujourd’hui, Bob Garcia espère que le remous provoqué par cette affaire poussera Moulinsart a trouver une solution à l’amiable. « J’espère que la raison l’emportera, mais je suis très pessimiste », lâche t-il.
« En interdisant des ouvrages, les ayants droits d’Hergé peuvent piller ce qu’il y a dedans »
Bob Garcia, un jugement en appel du tribunal de Versailles vous a condamné à payer 40.000 euros à la société Moulinsart SA pour contrefaçon. Le délai pour payer cette somme est arrivé à expiration hier. Aujourd'hui, 12 novembre, où en êtes-vous ?
Aujourd’hui, les huissiers peuvent arriver d'un moment à l'autre, vider ma maison et mes comptes en banque.
Comment tenez vous le choc, face à cette menace ?
Curieusement, c'est tellement énorme que je n’arrive pas à réaliser que ce soit vrai. Au bout d'un moment, peut-être que l'intelligence arrivera au cerveau des gens de Moulinsart – ce qui reste à voir – ou que les huissiers vont me proposer un étalement de paiement, quelque chose d'humain. Aujourd'hui, je ne suis pas angoissé tellement ça me semble délirant, impossible, ubuesque.
À la base, que vous reproche Moulinsart ? Contrefaçon ? Livres bourrés d'erreurs ?
Après ce procès, où l’on m'a dit que je n'ai pas le droit d'utiliser des vignettes de Hergé au titre du droit de citation, Moulinsart a trouvé comme justification le fait qu'on ne pouvait pas cautionner mes ouvrages car ils étaient « bourrés d'erreurs ». Quelles erreurs ? J'aimerais qu'on me les cite, d’autant plus que la plupart de mes informations viennent de publications antérieures, dont celles de Moulinsart. Ça veut dire que leurs ouvrages sont bourrés d’erreurs ?
Et ils vous ont repris…
Oui, Hergé et le 7e art a été en partie repris dans un article du Figaro, signé par un proche de Moulinsart, qui conclut qu’il est regrettable que personne ne se soit intéressé aux sources de Hergé. Ils nient parfaitement mes ouvrages, et en les interdisant, ils ont les coudées franches pour piller ce qu’il y a dedans. J’ai appris que l’auteur de cet article va justement sortir un livre sur les sources cinématographiques d’Hergé. Je me pose donc la question : la stratégie de Moulinsart est-elle de faire interdire des bouquins pour les republier sous une forme différente dans leur maison d’édition ?
Les avocats disent chercher une solution. Vous y croyez ?
S’il fallait croire Moulinsart, je n’en serais pas là. On a appris par l’AFP tout à l’heure que les avocats « cherchent ensemble une solution »… Sauf que le mien n’est même pas au courant ! C’est encore un mensonge de plus, on a l’habitude.
Tout ça ne vous dégoûte pas de Tintin ?
Non. Je fais une grosse différence entre l’œuvre de Hergé, qui était un génie, et le travail de sape de Nick Rodwell, son ayant-droit. La façon déplorable dont est gérée son œuvre me dégoûte, mais pas le héros de Hergé. Je vais continuer d’écrire sur Tintin, que ça plaise ou non à cet individu.
Vous avez donc un nouveau projet ?
On va reprendre nos ouvrages et mettre dedans beaucoup plus de vignettes qu’avant, que la loi m’autorise à utiliser. On le découvrira quand les ouvrages sortiront : certains ouvrages où il n’y avait pas de vignettes de Hergé vont en avoir. Car, la cerise sur le gâteau, c’est qu’on m’a demandé de retirer les vignettes de Tintin présentes dans Jules Verne et Hergé d’un mythe à l’autre, au détail près qu’il n’y en a pas ! Je me demande même si les juges l’ont ouvert.
Les actions de Nick Rodwell peuvent-elle nuire à Tintin ?
C’est un euphémisme. Il y a au moins un point sur lequel ce brave homme fait l’unanimité, c’est que tout le monde le déteste. Tout l’univers tintinophile a eu, un jour ou l’autre, un problème avec M. Rodwell. Dans une école où les enfants voulaient faire un spectacle sur Tintin, les responsables ont eu la bonne idée de demander l’autorisation à Moulinsart. Ils ont eu en retour une grosse facture, et s’ils ne la payaient pas, ils n’auraient pas d’autorisation. Ils ont finalement fait un spectacle sur Spirou.
Quelque soit le sujet, il y a toujours un problème avec Rodwell. Seul Spielberg pour l’instant n’en a pas eu, mais je ne désespère pas que ça arrive. Et là, on verra qui sera le pot de terre contre le pot de fer.
Et même si les parodies sont interdites, Rodwell se flatte quand Tintin est parodié dans les Simpson, comme ça a été le cas récemment. Il a déclaré que « seuls les loosers n’étaient pas dans les Simpson ». Lui, c’est un winner : il pourra bientôt récupérer tous mes meubles Ikea.

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